Les minimalistes

6h30, hello world. Je manque de me trépaner en trébuchant sur l’étrange Abdomachine que j’étais censée utiliser pour faire du sport. Achetée avec conviction, essayée avec moult désespoir, conservée avec rancœur et observée chaque jour avec haine. Pas la peine de préciser que cette infamie prend la poussière depuis des années bien longtemps.

Trop, c’est trop.

Mon dressing vomit des fringues de tous les côtés. Les piles de pulls ont l’équilibre précaire, et le tout atterrit lamentablement et très régulièrement sur le plancher. Vous savez comme moi que le rangement précipité qui suit la chute est hyper approximatif (=sculpture informe de pulls en boule). Ensuite on enchaîne avec 10 minutes de perdues pour le casting sévère des blouses : pas toi, non, non, non, pfffff non, pas celle là, non, pas la bleue, pas l’autre bleue, non pas les blanches, non, non, non. Cependant, notez bien : j’ai rien à me mettre.

La bibliothèque est pleine à craquer des livres lus pendant les 7 dernières années. Il y aussi une joyeuse accumulation, appartenant à ma tendre et très sentimentale moitié, dans un coin du bureau  :

– 2 vieux téléphones décédés gardés « au cas où »
– 16 petits sujets en porcelaine moches bizarres des baptêmes et mariages des deux décennies précédentes
– 3 pommes de pin, souvenir de je n’sais où
– un gobelet en métal avec des crayons dedans (personne ne sait s’ils fonctionnent puisque PERSONNE NE LES UTILISE).

Il ne peut pas se résoudre à les jeter, ni même à les descendre à la cave. Pourquoi ? Parce qu’ils auraient froid ? Ils pleureraient ?

Le chat s’est donc approprié le meuble, et aiguise ses griffes sur les côtés. L’insupportable gratte-gratte engendre de pénibles petits copeaux de bois que je dois ramasser tous les jours. Dois-je supprimer le chat ? Dois-je supprimer la bibliothèque ?

chat-griffes

Et puis il y a Moufflet, 1 an et des brouettes. Il ne m’arrive pas à la hanche et pourtant il compte à lui seul quatre mètres cubes de jouets et de bazar. Je maudis ma sensiblerie qui me pousse à garder tout ce que le mignon poupon rose a porté depuis sa naissance. Remarquez, je suis en progrès, ça fait un bail que je n’ai pas été sniffer son tout premier pyjama.

Constat apocalyptique : tellement de choses dont je n’ai pas ou plus besoin. Elles absorbent mon temps,  mon énergie, mon espace. Acheter, ranger, nettoyer, sans cesse. Loin de m’apporter la satisfaction espérée, elles me laissent vide ou m’agacent au plus haut point. Je crois que j’ai besoin d’un break. Un break de choses. Une pause d’encombrement. Du bonheur par le vide.

Après l’apocalypse, le minimalisme.

C’est le moment de passer à l’action. Je découvre que la mésaventure du trop plein est déjà arrivée à d’autres. Petite statistique troublante trouvée au hasard de mes recherches : il y a environ 300 000 objets dans une maison américaine moyenne. Même si la statistique n’est pas européenne, elle dépeint malgré tout la réalité des pays développés :  si on rêve tous d’acheter des maisons plus grandes, c’est rarement pour le plaisir d’y installer une piste de danse. C’est juste pour avoir plus de placards et y entasser tout ce qu’on accumule au fil des ans.

Certains ont pris le taureau par les cornes : les minimalistes. Ils ont une tête qui me plaît bien. Ils se sont souvenus qu’ils étaient humains avant d’être des consommateurs.

Pour les curieux : http://www.lacabanedemoe.com
en anglais : http://www.theminimalists.com
http://www.becomingminimalist.com
http://exilelifestyle.com

Perpétuellement insatisfaits, stressés, endettés, déprimés, seuls. Ils chassaient le bonheur à chaque virage, mais plus ils essayaient de courir vite, plus le bonheur paraissait loin. Toujours au virage d’après. Ils avaient le sentiment de ne pas contrôler leur existence, leur temps, et ils ne savaient pas comment gérer cette frustration invisible qui les ligotait à leur mode de vie, uniquement axé sur la consommation. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement prévisible

Ils décident de se débarrasser du maximum de leurs possessions matérielles, pour ne garder que l’essentiel : ce dont ils ont besoin et ce qui apporte de la valeur dans leur vie. Ils refusent que les objets ou les normes sociétales dirigent leur vie. Donc, ils éliminent. Donnent. Jettent. Abandonnent. Se détachent. Attention, ne vous méprenez pas : ce ne sont pas des sauvages, ils ne marchent pas pieds nus. Quand ils ont besoin d’une nouvelle paire de chaussures, ils en achètent, de bonne qualité, pour qu’elles durent longtemps. La consommation n’est pas un problème. La consommation obligatoire et compulsive, oui. Certains, un tantinet kamikazes, pratiquent leur art à un niveau extrême, et vivent avec 100, 50 ou même 20 objets.

jeter

Retirer l’excédent de biens est une partie importante de la recette, mais ce n’est qu’un ingrédient. Ils font aussi une sacrée détox de leur emploi du temps, en diminuant ou en supprimant carrément leur télévision, leur smartphone, leurs applications de jeux chronophages de bonbons qui explosent  et leur liste « d’amis » Facebook pas vus depuis des années.

Les minimalistes ne se concentrent en fait pas sur avoir moins, moins, moins. Ils font juste de la place pour plus : plus de temps, plus de passion, plus d’expériences, plus de relations humaines, plus de satisfaction, plus d’argent utile, plus de liberté. Une existence qui ait plus de sens que de valeur monétaire.

Je ne vous promets pas d’atteindre le niveau des maîtres Yoda du concept minimaliste, mais dès demain, j’attaque. Je commencerai par jeter l’Abdomachine de la fenêtre du 1er étage donner l’Abdomachine contre bons soins. Et chez vous, il y a combien d’objets ?

La prochaine fois, je vous dirai si ma moitié s’aperçoit finalement que j’ai sciemment fait disparaître son vieux sweat miteux délavé et balancé ses pommes de pin dans le barbecue.

5 commentaires

  1. Marianne

    Super article! Je réalise que je commence à faire partie des minimalistes, de plus en plus. Trop d’objet dans une maison et on ne prend plus plaisir à y vivre. Finalement prendre un peu de temps pour comprendre ce dont on a vraiment besoin et s’en satisfaire, est un beau cadeau à se faire à soi-même! Je remonte mes manches ce week-end!

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  2. Hortin

    Cela me fait penser à la magie du rangement ! ou comment se demander si une chose nous met encore en joie avant de s’en débarrasser car finalement, il faut bien admettre que non, elle ne nous procure plus aucune émotion !…

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    1. J’avoue qu’il y a un peu de ça ! Mais je me méfie quand même toujours un peu des émotions vis à vis des objets, qui sont parfois à l’origine de nos plus belles accumulations : les vêtements de bébé de Moufflet en sont pour moi le plus bel exemple 😉 Le chemin vers le Less is more est encore long !

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      1. Hortin

        Je suis d’accord, le chemin est long, mais j’expérimente régulièrement le « est-ce que cette chose, ce vêtement…. me met encore en joie » et franchement cela donne de bons résultats !! Mais je te rassure, les vêtements de bébé de mes enfants sont encore bel et bien là…

        Aimé par 1 personne

  3. Xav

    Less is more !

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